Curiosités de la langue française

Parlée dans les cinq continents, la langue de Molière regorge de curiosités. Faites une petite pause pour apprendre 13 anecdotes intéressantes sur cette langue aussi fascinante que mystérieuse.

1. Lorsque l’on permute les lettres du mot « guérison » on obtient le mot « soigneur ». De même, l’anagramme de « chien » est « niche ». Plus surprenant encore, « endolori » est l’anagramme de son antonyme « indolore ». Quand on vous disait que cette langue était fascinante.


2. On n’écrit pas « autant pour moi » mais « au temps pour moi ».Cette expression trouverait son origine dans le jargon militaire. Les saluts militaires avec des armes étant très rythmés, une petite erreur peut causer le désordre. Lorsqu’un soldat se trompe, l’injonction « au temps » lui indique qu’il doit reprendre le mouvement au premier temps. Par extension, nous utilisons aujourd’hui cette expression pour indiquer que la faute nous revient.


3. Augure est un mot masculin. On écrit donc: « un oiseau de mauvais augure ». Un augure est un présage par lequel on tente de prédire l’avenir. A l’époque, les augures étaient tirés de l’observation du vol des oiseaux.


4. Certains mots ne trouvent aucune rime dans la langue française. C’est le cas notamment des mots quatorze, quinze, triomphe, belge ou monstre. Vous pouvez vérifier!


5. « Oeil » est le seul mot qui commence avec une lettre différente de son pluriel.


6. Le « ù » avec un accent grave n’existe que dans un seul mot: « où ». Pourtant, vous observerez qu’il a sa place sur nos claviers d’ordinateur.


7. Il existe un mot français pour parler d’un e-book ou d’un livre électronique: le « livrel ». Il s’agit d’un mot-valise né de la contraction des mots « livre » et « électronique », à l’instar du mot « courriel ».


8. « Oiseau » est le plus petit mot contenant toutes les voyelles. Son pluriel, « oiseaux », est le mot le plus long dont on ne prononce aucune lettre telle quelle.


9. Le pluriel du mot « ail » est « aulx ». Ce mot reste néanmoins peu usuel.


10. Les mots « amour », « délice » et « orgue » ont la particularité d’avoir un genre qui diffère au singulier et au pluriel. Ce sont en effet les trois seuls mots de la langue française qui sont masculins au singulier, et féminins au pluriel.


11. Le premier document français date de 842. Il s’agit des serments de Strasbourg. Publiés le 14 février 842, ils marquent l’alliance militaire entre Charles le Chauve et Louis le Germanique, contre Lothaire Ier. Par la même occasion, cet accord politique constitue « l’acte de naissance de la langue française ».


12. Le plus long palindrome de la langue française est « ressasser ». Pour rappel, un palindrome est un mot que l’on peut lire dans les deux sens.


13. Le mot « institutionnalisation » est le plus long lipogramme en « e ». Cela signifie qu’il s’agit du plus long mot ne comportant pas la lettre « e ». Pour l’anecdote, il existe également un livre de 300 pages qui ne comporte absolument aucun « e ». Il s’agit de « La Disparition », un roman de Georges Perec publié en 1969.
Qu’en dit l’Académie Française ?
Pour l’Académie Française, il faut écrire « Au temps pour moi ». Maintenant, vous savez, et vous allez l’apprendre à tous vos amis.
Comme quoi, au fil des ans, l’origine d’une expression s’oublie et perd parfois son sens premier pour être, finalement, erronément utilisée.

16 commandements pour être bien malade

  1. Evitez tout exercice physique.
  2. Restez bien enfermé chez vous.
  3. Grignotez jour et nuit gâteaux secs, chocolats, pâtisseries, chips, cacahuètes, etc., surtout en regardant la télévision.
  4. Ne buvez jamais d’eau ; préférez Coca-Cola, bière, jus de fruit en bouteille, et beaucoup de café bien serré.
  5. Ne négligez pas les apéritifs pour vous ouvrir l’appétit avant chaque repas.
  6. Chauffez tout au four micro-ondes, surtout les surgelés (c’est tellement pratique ! ).
  7. Mangez copieusement à chaque repas, principalement des fritures au beurre (c’est meilleur ! ), des viandes en sauce (mmh ! ) avec beaucoup de crème fraîche. N’oubliez pas les charcuteries en entrée et les fromages avant le dessert – systématiquement.
  8. Consommez beaucoup de lait et de yaourts pour le calcium, beaucoup d’oranges pour les vitamines.
  9. Dès la moindre indisposition, appelez votre médecin et absorbez scrupuleusement les antibiotiques, tranquillisants, somnifères qu’il vous prescrira. N’oubliez pas qu’il existe en pharmacie des milliers de pilules-miracles qui facilitent la vie.
  10. Critiquez tout et tout le monde, ça fait du bien.
  11. Ne ratez jamais les infos à la télévision, à la radio, le midi, le soir ; imprégnez-vous bien de toute la misère du monde, des crimes crapuleux, des génocides et des scandales.
  12. N’ayez jamais aucune passion, aucun idéal, aucun but : c’est dangereux et dépassé.
  13. Travaillez le moins possible et reposez-vous souvent. Une sieste avant de dormir repose beaucoup mieux.
  14. Ressassez, ruminez toutes les crasses que l’on vous a faites. Rêvez à vos vengeances et prêchez une bonne guerre, seule solution pour remettre de l’ordre dans cette société pourrie.
  15. Fuyez les gens enthousiastes et optimistes qui disent bien se porter et qui donnent des conseils ennuyeux.

Et surtout

  1. N’oubliez pas donner à l’ARC en prévision de votre prochain cancer.

Dr Tal Schaller

Commentaires

Plusieurs commandements confectionnés sur ce modèle existent, nous en publierons d’autres. En accord avec l’auteur, il va de soi que l’exercice physique est le premier et le meilleur moyen de préserver sa santé. Je vous recommande, en particulier, de pratiquer la marche à une allure soutenue pour favoriser la circulation de l’énergie et du sang, quotidiennement durant 30 minutes, si possible dans un lieu peu pollué. Le second point porte sur l’alimentation (aliments ou médicaments). Au lait de vache, préférez les produits laitiers à base de chèvre ou de brebis les moins gras possibles. C’est encore mieux, si vous pouviez vous en abstenir. Les oranges sont des fruits de nature très froides, favorisant la diarrhée par accumulation d’humidité froide dans les intestins, donc prudence, notamment en hiver. Troisièmement, les soucis, la peur et la colère sont des émotions qui peuvent se révéler destructrices pour tous. Il ne tient qu’à nous de les entretenir. Quant aux dons à l’ARC, cette recommandation est sans doute un peu exagérée, agissez selon votre bon cœur et vos considérations fiscales…

T.

Dissimuler sa maladie par crainte du traitement Huì jí jì yī 讳疾忌医

Dissimuler ses défauts de peur d’être critiqué et d’avoir à se corriger

Biăn Què扁鹊 est un célèbre médecin de l’antiquité chinoise. Un jour, il arriva dans l’état de Cài (Cài guó 蔡国). L’empereur de l’état de Cài l’avait invité dans son palais. Après l’avoir rencontré, Biăn Què lui dit :

  • « le teint de votre visage n’est pas bon, vous êtes souffrant, votre état de santé n’est pas encore sérieux, votre maladie est située à la superficie du corps, il faudrait traiter rapidement et vous recouvrirez rapidement la santé ».

L’empereur n’était pas content que Biăn Què lui apprenne qu’il était malade alors qu’il le rencontrait pour la première fois. Il dit froidement

  • « je vais très bien, je ne suis pas malade ».

Biăn Què s’en alla, l’empereur raconta à gauche et à droite

–    « Que le médecin dit toujours qu’une personne est malade même quand on est bien portant pour montrer son talent. Et moi je ne veux pas me faire avoir »

Dix jours plus tard, il rencontra à nouveau l’empereur et dit

  • « la maladie a déjà pénétré dans la chair et les muscles, si vous ne vous soignez pas rapidement, elle s’aggravera ».

L’empereur dit :

  • « je ne suis pas du tout malade ».

Il revint encore dix jours plus tard, Biăn Què regarda à nouveau l’empereur et dit :

  • « la maladie de sa Majesté a déjà pénétré dans le ventre et les intestins, si vous ne vous soignez pas, il faut craindre un danger ».

Le Roi l’écouta très en colère, sans même dire un mot.

Dix jours passèrent encore, quand l’empereur sortit de son palais, il vit Biăn Què. Ce dernier aperçut l’empereur et s’enfuit. L’empereur trouva son comportement très curieux et envoya quelqu’un pour lui demander pourquoi il est parti. Il répondit à l’envoyé :

  • « votre empereur ne peut plus vivre trop longtemps »
  • « vraiment ? »

répondit l’envoyé extrêmement surpris, et demanda « pour quelle raison ? »

Biăn Què dit :

  • « la maladie du Roi a débuté sur la peau et la superficie, s’il m’avait écouté, nous aurions pu le soigner avec des compresses chaudes. Ensuite, la maladie s’est étendue dans les chairs, l’estomac et les intestins, quoique grave,  nous aurions pu le soigner avec l’acupuncture et la moxibustion. À présent, le mal a pénétré dans les os et la moelle, même un médecin ne peut rien faire »

Cinq jours après, l’empereur ressenti des douleurs dans tout son corps, il envoya quelqu’un chercher Biăn Què pour le soigner, mais il avait déjà rejoint l’état de Qin.

L’empereur cachant cette maladie mourut quelques jours après.

Cette expression dans cette histoire .signifie qu’il ne faut pas cacher la maladie et se faire soigner. Par extension, il s’agit d’une personne qui cache ses défauts ou ses fautes afin de ne pas être critiqué.

Les animaux malades de la peste

Faut-il encore s’étonner de l’hypocrisie des puissants ? … Qui n’est finalement que le reflet du comportement humain. C’est le moment de (re)découvrir ce merveilleux poème de La Fontaine

Les animaux malades de la peste

Un mal qui répand la terreur,
Mal que le Ciel en sa fureur
Inventa pour punir les crimes de la terre,
La Peste [puisqu’il faut l’appeler par son nom]
Capable d’enrichir en un jour l’Achéron,
Faisait aux animaux la guerre.
Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés :
On n’en voyait point d’occupés
A chercher le soutien d’une mourante vie ;
Nul mets n’excitait leur envie ;
Ni Loups ni Renards n’épiaient
La douce et l’innocente proie.
Les Tourterelles se fuyaient :
Plus d’amour, partant plus de joie.
Le Lion tint conseil, et dit : Mes chers amis,
Je crois que le Ciel a permis
Pour nos péchés cette infortune ;
Que le plus coupable de nous
Se sacrifie aux traits du céleste courroux,
Peut-être il obtiendra la guérison commune.
L’histoire nous apprend qu’en de tels accidents
On fait de pareils dévouements :
Ne nous flattons donc point ; voyons sans indulgence
L’état de notre conscience.
Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons
J’ai dévoré force moutons.
Que m’avaient-ils fait ? Nulle offense :
Même il m’est arrivé quelquefois de manger

Le Berger.
Je me dévouerai donc, s’il le faut ; mais je pense
Qu’il est bon que chacun s’accuse ainsi que moi :
Car on doit souhaiter selon toute justice
Que le plus coupable périsse.
– Sire, dit le Renard, vous êtes trop bon Roi ;
Vos scrupules font voir trop de délicatesse ;
Et bien, manger moutons, canaille, sotte espèce,
Est-ce un péché ? Non, non. Vous leur fîtes Seigneur
En les croquant beaucoup d’honneur.
Et quant au Berger l’on peut dire
Qu’il était digne de tous maux,
Etant de ces gens-là qui sur les animaux
Se font un chimérique empire.
Ainsi dit le Renard, et flatteurs d’applaudir.
On n’osa trop approfondir
Du Tigre, ni de l’Ours, ni des autres puissances,
Les moins pardonnables offenses.
Tous les gens querelleurs, jusqu’aux simples mâtins,
Au dire de chacun, étaient de petits saints.
L’Âne vint à son tour et dit : J’ai souvenance
Qu’en un pré de Moines passant,
La faim, l’occasion, l’herbe tendre, et je pense
Quelque diable aussi me poussant,
Je tondis de ce pré la largeur de ma langue.
Je n’en avais nul droit, puisqu’il faut parler net.
A ces mots on cria haro sur le baudet.
Un Loup quelque peu clerc prouva par sa harangue
Qu’il fallait dévouer ce maudit animal,
Ce pelé, ce galeux, d’où venait tout leur mal.
Sa peccadille fut jugée un cas pendable.
Manger l’herbe d’autrui ! quel crime abominable !
Rien que la mort n’était capable
D’expier son forfait : on le lui fit bien voir.
Selon que vous serez puissant ou misérable,
Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.

Jean de La Fontaine
Les fables – Recueil II, livre VII

Éléments de diététique chinoise

En général, 3 repas par jour :

« le repas du matin doit être bon, le repas de midi doit rassasier, le repas du soir doit être léger. »

‘早餐吃好,      午餐吃饱,      晚餐吃少’

‘Zǎocān chī hǎo, wǔcān chī bǎo, wǎncān chī shǎo’

Saviez-vous que :

  • 杏仁 (Xìngrén, amandon d’abricot) : Calme le toux, dyspnée et asthme. Humidifie les intestins;
  • 山楂 (Shānzhā, azerole) : Favorise la digestion (protéine et graisse);
  • 赤小豆 (Chìxiǎodòu, azuki) : Élimine l’humidité (œdème, surpoids). Clarifie la chaleur (acné, abcès). Favorise la lactation.
  • 枸杞子 (Gǒuqǐ zi, baie de goji ) : enrichit le Jing (du Rein). Nourrit le sang du foie (améliore la vue)
  • 百合 (Bǎihé, bulbe de lys) : Traite la toux sèche, calme l’esprit
  • 灵芝(Língzhī, ganoderma) : tonifie le qi et nourrit le sang. Anti fatigue, traite la toux de type froid et l’asthme chronique.
  • 韭菜 (Jiǔcài, ciboule chinoise); réchauffe et tonifie les reins (mictions fréquentes, incontinence, impuissance. Réchauffe la rate, favorise la digestion. Mobilise le sang, soulage oppression de la poitrine.
  • 金銀花 (Jīnyín huā, fleur de chèvrefeuille) : fait baisser la chaleur (début de grippe, angine)
  • 黃芪 (Huángqí, racine d’astragale) : grand tonique de l’énergie surtout pour la Rate et le Poumon (renforce défenses extérieures, favorise la cicatrisation, élimine l’oedème, ptoses)
  • 玫瑰花 (Méiguī huā, Rose) : la rose détend le Foie et mobilise le Qi (oppression de poitrine, ballonnements, éructations). Harmonise le sang et chasse la stase (apaise les tensions au niveau des seins lors du syndrome prémenstruel et régularise les règles douloureuses.
  • 黑芝麻 (Hēizhīma, sésame noir) : tonifie le Foie, le Rein et enrichit le Jing (fatigue, vertige, acouphènes, troubles de la vue, blanchissement précoce des cheveux)
  • 馬鞭草 (Mǎbiāncǎo, verveine) : elle active le sang et élimine les stases (gynécologiques). Adoucit la gorge en cas d’angine et favorise la diurèse et élimine l’œdème.

Les aliments sont classés ainsi :

  • Par nature (4) 四气 (Sì qì) : de froide à chaude
  • Par saveur (5)五味 (Wǔwèi) : acide, amère, douce, piquante et salée
  • Par tropisme du méridien :归经 (guī jīng)
  • Mouvements générés dans le corps
  • Inter-relations
  • Et contre-indications

La nature des aliments

Les aliments de nature froide 寒 ou fraiche ralentissent les fonctions organiques : algue, tomate, concombre, courgette, melon, pastèque, tomate, choux chinois, pousse de bambou. Conviennent en été, aux personnes souffrant de chaleur, d’irritabilité, de constipation avec selles sèches.

Les aliments de nature tiède 温 ou chaude réchauffent et activent le métabolisme : la plupart des viandes et poissons, épices, alcools et certains fruits ou légumes. Conviennent en hiver, aux personnes frileuses, aux personnes qui digèrent lentement.

Les aliments de nature neutre ne produisent pas d’effets thermiques particuliers : carotte, champignon, haricot vert, pomme de terre, petit pois, avoine, mais, millet, riz, ananas, citron, prune, raisin, carpe, porc, jaune d’œuf, lait de vache, foie de bœuf ou de veau, miel, sucre blanc. Conviennent toute l’année.

LES CINQ SAVEURS

Les Cinq Saveurs sont inspirées de la théorie des Cinq Eléments.

La saveur acide       – Foie         – tomate, agrumes, pomme, viande de cheval

La saveur amère     – Cœur       – asperge, céleri, chicorée, laitue, foie agneau porc mouton

La saveur douce      – Rate        – de nombreux végétaux, légumineuses,  céréales, les fruits non acides, poissons, viandes, miel

La saveur piquante – Poumon  – ail, fenouil, oignon,  radis cru, kumquat, pistache

La saveur salée        – Rein        – laminaires, avoine, orge, crabe, crevettes, huitre, moule, viande de canard, porc, escargot, jambon

En conséquence : Un peu de saveur va nourrir l’organe ; un manque ou une excès d’une saveur risque de léser l’organe et les systèmes correspondants

酸 – la saveur acide (肝 Foie )

L’astringence de la saveur acide permet de retenir les fluides corporels.

La saveur acide en excès ou en insuffisance peut provoquer crampes et tendinites , ou altérer la vue.

La saveur acide est utilisée comme un exhausteur de goût par l’industrie agro-alimentaire pour rehausser la saveur sucrée.

苦 – La saveur amère (心 Cœur)

La saveur amère lutte contre l’humidité. Elle fait descendre le Feu (mouvement descendant)

Elle peut stimuler l’appétit mais prise en excès elle exerce un effet asséchant.

甘- La saveur douce (脾 Rate)

La saveur douce nourrit, tonifie et humidifie. Elle occupe un rôle central car elle favorise la production du sang, de l’énergie et des liquides organiques.

L’excès fait prendre du poids (et favoriser les maladies métaboliques), l’insuffisance fait maigrir mais permet de relâcher les tensions dus aux stress.

L’association de la saveur acide et la saveur douce produit des liquides et rafraichit la soif. Mais cette association existe dans beaucoup de produits alimentaires et permet la prise de poids par « accumulation d’humidité dans le corps ». (patisserie, soda, plats préparés, etc.)

辛 – La saveur piquante (肺 Poumon)

La saveur piquante fait sortir l’énergie et les liquides organiques vers la surface du corps (transpiration)

Le grog bien épicé chasse le froid corporel en stimulant l’énergie du Poumon. Le thé à la menthe chasse la chaleur interne et rafraichit la tête.

Elle fait circuler l’énergie (oppression de poitrine, distension abdominale, douleurs articulaires).

Cette saveur prise en excès peut fatiguer une personne sous-vitale.

咸 – La saveur salée (肾 Rein)

La saveur salée assouplit, ramollit ce qui est dur et disperse les indurations

Comme l’eau de mer qui ramollit les croutes de cicatrices. Les algues peuvent réduire les goitres.

La saveur salée est purgative et peut dégager certaines constipation en ramollissant les selles.

L’excès de sel affaiblit les reins, les os et entraine une action défavorable sur le cœur. Cette saveur est surtout présente dans les produits d’origine animale et dans l’habitude de saler par reflexe. Méfiance également avec le pain et le fromage.

AU FIL DES SAISONS

Au printemps, il est bon d’accompagner le mouvement ascendant de l’énergie. Éviter de manger trop froid ou trop chaud. Au fur et à mesure de l’avancée de la saison, consommer des aliments (et  de cuisson yang) de plus en plus yang

En été, la chaleur invite à consommer des aliments rafraichissants. En France, on peut manger un peu de crudités, sans excès, car le froid peut bloquer le Qi de l’Estomac et affaiblir la Rate (prise de poids). L’asiatique préfère consommer des aliments frais (légumes) rapidement cuits (au wok) pour favoriser la digestibilité tout en conservant la valeur biologique. L’objectif est de préserver les liquides corporels sans perdre l’énergie facilement endommagée par la chaleur de l’été.

En automne, la sécheresse domine. La nature offre des aliments de saison intéressants (poire, raisin). C’est le moment de reconstituer son yin (=liquides organiques) pour affronter l’hiver.

En hiver, comme l’humain n’hiberne pas, il a besoin d’une quantité de calories suffisantes. Il est conseillé de consommer des aliments de nature chaude ou tiède.

Mais comme le métabolisme du corps est ralenti par le froid, craindre l’excès notamment au moment des fêtes pour les individus au système digestif fragile sous peine de « gastro ».

L’art du sushi

En France et dans le monde, le sushi prolifère … souvent au détriment de la qualité. Que serait l’art du sushi sans une fine reconnaissance d’un poisson « vivant », d’un riz vinaigré bien dosé, d’un wasabi authentique, d’une bonne sauce de soja (sans addiction de caramel) et d’un saké respectable ?

J’ai découvert un livre qui présente sous la forme d’une BD tous ces détails subtils. En fin gourmet de la cuisine japonaise, je me suis régalé ! Cerise sur le gâteau, des recettes sont présentées à la fin de l’ouvrage « L’art du sushi de Franckie Alarcon, éditions Delcourt ».

Recuerdos de la Alhambra

La rencontre s’était passée à Paris, dans le quartier latin, j’avais alors 17 ans. J’avais pris pour habitude d’écouter les offres musicales échantillonnées de certains magasins, casque sur les oreilles. Subitement, je restai figé dès les premières notes d’un air de guitare dont la beauté tranquille m’imprégna complètement. J’étais transporté. A l’issu de l’audition, je me précipitais sur la pochette de disque pour connaitre le nom des musiciens. En fait, je ne vis qu’un seul nom. Il ne s’agissait pas d’un duo de musiciens mais d’un seul guitariste, et quel guitariste : Alexandre Lagoya !

Cet air s’intitulait : Recuerdos de la Alhambra (composé en 1896 par l’immense compositeur et guitariste Francisco Tárrega)(1852 Villareal – 1909 Barcelone).

Une biographie de Francisco Tárrega

J’appris bien plus tard qu’il utilisait la technique du tremolo pour suggérer l’écoulement de l’eau des fontaines de l’Alhambra (Grenade) tandis que le pouce jouait ostensiblement la mélodie.

Mes recuerdos résonnèrent encore plus puissamment lorsque j’ai pu visiter le palais de l’Alhambra qui s’offrit à mes sens et à mon être comme une pure splendeur.

undefinedundefined
undefinedundefined

Cette visite mémorable m’a permis de composer le poème qui suit :

J’ai eu le privilège de voir et d’écouter à Paris une prestation d’Alexandre Lagoya, quelques mois avant son décès (1999). Son interprétation de Recuerdos de la Alhambra me plonge toujours dans une atmosphère de douce fraicheur, de fluidité, de tranquillité et d’élégance. Je connais bien d’autres interprétations et j’avoue être très sensible à celle d’Emmanuel Rossfelder également.

Interprétation par Alexandre Lagoya (bonne dégustation)

L’astre au front d’argent : la lune

L’« astre au front d’argent » : la Lune

Un peu d’astronomie

Inutile de chercher des champignons durant la Nouvelle Lune, ils sont en gestation, attendez plutôt la Pleine Lune.

“ Tout ce qui croît au-dessus de la terre doit être semé et planté en croissant et en décours tout  ce qui se développe sous la terre ”. (Normandie)

Semer et greffer durant la période lunaire ascendante (la sève monte dans les racines). A contrario, les travaux de repiquage, d’épandage d’engrais et de taillage seront effectués durant la période lunaire descendante (la sève redescend dans les racines).

Les astres et les planètes environnant la Terre jouent un rôle éminemment important dans l’évolution de la vie terrestre. Dans notre système solaire, le Soleil et la Lune occupent une place toute particulière dans le cycle naturel de vie.

Par sa proximité (384 400 km en moyenne de la Terre[1]), l’influence lunaire exerce un retentissement tout particulier sur la nature.

L’astre décrit une orbite elliptique dont la Terre occupe l’un des foyers, l’autre, est occupé par un astre fictif appelé communément Lune Noire par les occultistes et les astrologues. La vitesse de l’astre n’est pas uniforme. A chaque lunaison (Nouvelle Lune), la distance plus réduite entre la Terre et la Lune accroît la vitesse du satellite (environ 15°), le périgée ; lorsque la distance devient maximale, la vitesse est plus lente (jusqu’à 11°), l’apogée.

Le chemin apparent de la Lune s’apparente donc à celui du Soleil (écliptique) et présente toujours la même face car sa durée de rotation de la Lune est égale à la durée de révolution autour de la Terre. Or, si sa rotation est régulière, nous savons également que sa marche c’est-à-dire sa vitesse (calculée sous la forme d’un pas lunaire journalier) varie selon la phase. Ce mouvement de balancement apparent a été dénommé librations (du latin librare : balancer).

Pour l’observateur terrestre, le Soleil semble suivre une ligne imaginaire baptisée, écliptique. L’orbite lunaire est légèrement inclinée (5°)  par rapport à l’écliptique et se coupent en deux points appelés nœuds lunaires. Lorsque le Soleil et la Lune sont alignés en ces points, il se produit une éclipse totale ou partielle selon la distance entre la Terre et la Lune. Si l’orbite de la Lune se poursuit au-dessus de l’écliptique, on parlera de nœud ascendant ou de nœud descendant dans le cas contraire.

A partir du nœud ascendant, la Lune va suivre une trajectoire ascendante durant environ 6 mois. , Elle sera au plus haut dans le ciel (hiver et printemps lunaires du Sagittaire au Gémeaux). Inversement, du Gémeaux au Sagittaire, pendant l’été et l’automne lunaires.

La Nouvelle Lune intervient lorsque que la Lune et le Soleil sont en conjonction (La Lune se retrouve entre la Terre et le Soleil) et la Pleine Lune lorsque les deux astres sont en opposition (La Terre se retrouve entre la Lune et le Soleil).

La Lune accomplit sa révolution autour de la Terre en 27 jours 1/3 : c’est la révolution sidérale. Il est utile de préciser que notre calendrier affiche d’une lunaison à l’autre 29,5 jours (révolution synodique).

Comment expliquer cet écart de 53 heures soit 2,2 jours ?

Observons la figure ci-dessous :

             Du point de vue de l’observateur terrestre, la Lune reprend exactement la même place que durant la lunaison précédente à l’issu des 29,5 jours tandis que le retour réel s’est déjà accompli 2.2 jours auparavant. Le dessin met en évidence trois axes d’éclairement.

La vitesse de rotation de la Terre se réduisant, la Lune s’éloigne progressivement de la Terre.

Les fluides sont les élément les plus sensibles aux influences cosmiques. La composition en eau des organismes vivants (animaux et végétaux) s’établit en moyenne à un peu plus de 70 %, proportion correspondant également à la proportion d’océans par rapport aux terres. La sensibilité de certaines plantes dont la proportion est bien supérieure, sera d’autant plus sensible aux influences lunaires.

 

La symbolique lunaire

Dès l’époque du Néolithique, les hommes ont constaté une étroite relation entre les phases de Lune et certaines manifestations naturelles. La succession des phases lunaires a, sans nul doute, représenté une référence temporelle (encore utilisée par certains peuples d’Asie, par exemple).

Cette notion de mesure est solidement ancrée dans le plus ancien des langages écrits. En l’occurrence, Micea Eliade écrit dans son “ traité des religions ” :

“ La plus ancienne racine indo-aryenne se rapportant aux astres est celle qui désigne la Lune : c’est la racine me qui donne en sanscrit mâmi ,  “ je mesure ”. La Lune est l’instrument de mesure universel. Toute la terminologie relative à la lune dans les langues indo-européennes dérive de cette racine : mâs (sanscrit), mâh (avestique), mah (vieux prussien), menu (lituanien), mêna (gothique), méne (grec), mensis (latin). Les Germains mesuraient le temps d’après la nuit. Des vestiges de cette mesure archaïque se sont également  conservés dans les traditions populaires européennes ; certaines fêtes sont célébrées de nuit, par exemple la nuit de Noël, de Pâques, de Pentecôte, de Saint-Jean, etc. ”.

Le symbolisme de l’astre a généré une quantité impressionnante de personnifications, de symboles, de mythes, de divinités et de rites dans l’esprit de toutes les peuplades du monde. Les thèmes, basés sur la simple observation des manifestations naturelles peuvent être interprétés comme suit :

  • La succession des lunaisons invite les hommes à accepter que la mort succède à la renaissance, à l’obscurité et à la lumière et le déluge permettant de construire un monde de formes nouvelles.
  • Le rythme du cycle lunaire ponctue la vie quotidienne et le comportement des êtres vivants et leur permet de construire un repère temporel.
  • La stabilité du cycle lunaire inspire dans la mémoire des hommes le prolongement de leur histoire au-delà d’une vie humaine : l’astre reflète la permanence, une éternité qui échappe aux contingences quotidiennes tout en sensibilisant leur imagination ;
  • Les mouvements sensibles des éléments liquides (eau, sèves, lymphe, etc.)en phase de syzygies donnent une impression d’ampleur et l’abondance,gonflent pluies et marées et amorcent les déluges (réels ou symboliques) ;

Décrivons les thèmes les plus souvent abordés dans le symbolisme lunaire.

Fécondité

La fertilité des végétaux et des êtres vivants est soumise au rythme des phases lunaires. La mythologie va progressivement identifier les quartiers (croissants) de Lune à la forme des cornes des bovidés et par extension, quelques divinités elles-mêmes acquerront la forme de leurs possesseurs ou en posséderont elles-mêmes. Une double corne n’est que l’image symbolique de deux demi-lunes, c’est-à-dire de la Nouvelle Lune ou encore “ l’évolution astrale totale ” écrit Hentze dans “ mythes et symboles ”. Cette association est reprise par l’astrologie dans son registre de dignités et de débilités planétaires qui met la Lune en exaltation dans le signe du Taureau (mois de mai) et sa domiciliation dans le signe du Cancer (mois de juillet). On observe effectivement que le mois de mai symbolise le triomphe des forces printanières, la croissance des végétaux après leur léthargie hivernale. Tandis que le mois de juillet, sous nos latitudes,  prépare la germination des végétaux qui recevront la pleine puissance de la chaleur estivale en août. Si l’on se réfère aux études de Hommel “ Grundriss der Geographie und Geschichte des alten Orients ”, les phases de lunes, identifiées par dix ou onze caractères hébraïques sont reliées à leurs signification zodiacale commençant la pointe de la maison lunaire, par exemple, la phase de lune de la première semaine correspond à alef ou taureau. Cette relation entre phases lunaires et l’écriture est également relevée chez les Babyloniens, les Grecs, les Scandinaves, etc.

L’importance de l’eau dans les pluies, les marées, les végétaux et les organismes des êtres vivants relient chacun d’eux aux influences lunaires. Cette interaction a conduit un grand nombre de peuples à assigner à une divinité des pouvoirs lunaires mais également aquatiques (Apâmnapât, successivement esprit de la végétation, “ fils de l’eau ” puis divinité lunaire ; Ardvisûra Anâhitâ, déesse iranienne des Eaux et de la Lune ; une tribu du centre du Brésil nomme “ Mère des eaux ” la fille du dieu de la Lune).

La pluie survenant à la Nouvelle Lune est un phénomène constaté depuis la nuit des temps. Aussi, des personnages mythiques ont été invoqués pour faire venir la pluie aussi bien chez les Mexicains, les Chinois que les Australiens entre autres. Ces êtres se particularisent physiquement par un pied unique ou une main unique.

Chaque nouvelle lunaison (éclipse de Lune) apporte trois jours d’obscurité symboliquement reliée au déluge. Dans chaque histoire, cette immersion des formes permettra l’émergence d’un monde nouveau,              grâce à un unique survivant qui, par l’accouplement  à un animal lunaire (boa, etc.) engendrera la descendance d’une tribu.

L’omniprésence de l’eau (ou de l’huile) dans les rites sacrés, notamment initiatiques (baptême) n’est pas sans rapport avec le passage d’un état vers un autre qui faciliterait le passage de l’être vers une prise de conscience spirituelle.

Animaux lunaires

             Un certain nombre d’animaux interviennent dans les bouleversements naturels sous-tendant un cycle de destruction-régénération pour illustrer le destin de l’homme. L’escargot (dieu de la Lune au Mexique – Tecçiztecaltl) montre et cache ses cornes à l’image de la Lune avec ses croissants ; le phénomène d’apparition et de disparition s’applique également à l’ours qui demeure invisible en hiver mais réapparaît au printemps ; la grenouille enfle, plonge et disparaît dans l’eau. Certains animaux peuvent avoir été vus dans la Lune, tels le chien ou le couple de lapins affairés à moudre du mochi (pâte préparée à partir de riz gluant) durant les jours de Pleine Lune. L’anguille et le serpent surgissent et disparaissent aussi avec une grande facilité. Le symbole du serpent est présent dans un très grand nombre de cultures. Le symbolisme du serpent est tellement important que nous lui réservions un développement particulier. L’origine étymologique du mot magie pour les Arabes et les hébreux dérive du mot serpent.

Une légende grecque affirme qu’il possède autant d’anneaux que la Lune compte de jours. Mais la relation la plus forte s’inscrit avec les menstrues et la mise en grossesse de la femme. La Lune, personnifiée par le serpent est “l’époux de toutes les femmes ”, et l’attribution d’un pouvoir de fécondité et de régénération, illustré par le cycle menstruel des femmes, s’est imposée naturellement. D’autant plus que son pouvoir hypnotique et ses manœuvres de séduction tendent, dans l’imagination populaire, à mettre facilement une femme enceinte.

Ainsi selon les peuples :

  • Pour les Esquimaux,  regarder la Lune suffit à craindre la grossesse
  • L’adoration d’un cobra (pour rechercher la grossesse) aux Indes est favorable à la conception d’un enfant ainsi que l’invocation au recours d’objets rituels comportant certains symboles (spirale : phase lunaire – losange : vulve – serpent de pierre : phallus, etc.). Les serpents sont également des géniteurs qui favorisent la venue des enfants (au Guatemala, au Togo) et signent une nombreuse descendance (aux Indes)
  • Un être (homme ou femme) d’une étonnante beauté peut également “ descendre ” de la Lune pour rechercher l’accouplement sur Terre (Australie, Inde).
  • Dans l’antiquité grecque et romaine, l’accouplement entre une femme et un serpent est une croyance relatée lors de certaines naissances célèbres (Scipion l’Ancien, Aratus de Sicyon (fils d’Esculape), etc.).

Le serpent est également lié aux pouvoirs érotiques et magiques de la femme symbolisée par des divinités :

  • En Grèce antique, la Lune est associée à Artémis, la déesse chasseresse, mais également à Hécate, la déesse des fantômes – serpent signifiant aussi esprit des morts car il recherche les ténèbres – qui tiennent des serpents à la main.
  • La chevelure de certaines femmes est composée de serpents (Gorgone, Erynnies, etc.) ou peut le devenir si elle est sorcière (superstition bretonne).

La longévité et les mues du serpent ont également été interprétées par certains peuples :

  • La consommation du serpent, aliment de réputation aphrodisiaque, procurerait de grands pouvoirs en conférant connaissance et sagesse (Chine et Japon)
  • La mue périodique du serpent entraîne sa régénération : à l’image du cycle lunaire perpétuellement renouvelé. Recevant la faculté d’immortalité, animal lunaire et vivant sur Terre, il sera considéré comme un dénominateur commun entre les forces de vie et de mort.

Le couple eau-serpent est évidemment lunaire.

  • Tlaloc représente le dieu serpent de la pluie imagé par deux serpents lovés ( Amérique du sud)
  • Les cours d’eau évoquent fréquemment les formes serpentines qui dépendent de l’influence lunaire,
  • En Chine, on emploie le terme plus poétique de Veines du Dragon. La géobiologie en occident (feng shui) en Chine connaissent bien l’influence sur les hommes des cours d’eaux souterrains qui se révèlent être des conducteurs privilégiés de radioactivité. Si l’on construit les édifices religieux précisément au-dessus de ces cours d’eau, les constructions destinées à l’habitat doivent en être systématiquement préservées sous peine de d’affaiblissements physiques et de maladies. En revanche, les édifices religieux doivent favoriser  le recueillement et l’élévation spirituelle qui imposent un certain “ oubli ” de son moi physique. Un animal ailé mythique – la Wouivre ou Nwyvre – que connaissaient les druides, évoque de façon troublante le serpent. On le découvre souvent dans les sculptures d’édifices religieux (notamment à Chartres), sans doute pour nous rappeler l’union des puissances telluriques (symbolisées par l’animal) et les hautes vibrations (symbolisées par ses ailes).

Coquillage

L’amalgame coquillage vulve propose une vision érotique, aquatique et lunaire de la féminité. Symbole souvent utilisé dans tous les domaines artistiques, Paul Verlaine écrit en 1869 :

  Chaque coquillage incrusté Dans la grotte où nous nous aimâmes A sa particularité L’un à la pourpre de nos âmes Dérobée au sang de nos cœurs Quand je brûle et que tu t’enflammes ; Cet autre affecte tes langueurs Et tes pâleurs alors, que lasse, Tu m’en veux de mes yeux moqueurs ; Celui-ci contrefait la grâce De ton oreille, et celui-là Ta nuque rose, courte et grasse ; Mais un, entre autres, me troubla.  

La Lune : escale des âmes des défunts

La mort n’est jamais qu’un changement d’état vers un autre. Toutes les civilisations possèdent une version particulière qui explique le cheminement de l’être défunt. Toutes s’accordent, sur le rôle d’accueil temporaire de la Lune avant de transiter soit vers une réincarnation (en Inde), soit vers une autre destination (par exemple, selon la croyance iranienne, pour les âmes les plus vertueuses poursuivent leurs voyages vers le Soleil et même au-delà), le Soleil semble généralement jouer un rôle actif lors de chaque réincarnation (Plutarque). En Inde, la Lune est une escale de repos pour les âmes en attente d’une nouvelle incarnation, c’est “ le chemin des  Mânes ” (pitriyâna) qui se distingue de la route du Soleil ou “ chemin des Dieux ”  (devayâna) qu’empruntent ceux qui ont pu se libérer des illusions de l’ignorance. Pour les druides bretons, les bons et les braves y prennent un repos bien mérité après leur mort. La Grèce antique voyait les héros défunts se reposer aux Champs Élysées, situés sur la Lune.

L’initiation

Plutarque relevait une étroite analogie entre les mots grecs initier et mourir. La succession des phases lunaires initie symboliquement les hommes aux mystères de la mort et la renaissance. La mort, jamais définitive, ne représente qu’une transition annonçant une genèse couvée à l’écart de la lumière et dans le secret. A l’instar de cette faculté de régénération, les cérémonies d’initiation se proposent de permettre à l’homme, par le biais d’une mort rituelle, de renaître en ayant franchi une étape supplémentaire dans son évolution spirituelle. Autrement dit, la mort physique est elle-même une initiation. En Australie, l’initié émerge du tombeau comme la Lune de l’obscurité ; chez les Indiens Pomo de la Californie du Nord, l’initiation est réalisée par l’ours Grizzly (animal lunaire), qui met fin à leurs jours symboliquement, puis revêtant de nouveaux habits, les secrets rituels leur seront dévoilés dans la forêt durant quatre jours. Le mythe de la Lune fragmentée par quartiers aurait inspiré certaines formes d’initiations qui peuvent être rapprochées des rites de sacrifices humains pour invoquer les divinités de la fécondité (Mexique, aux Indes). En Inde, par exemple, chaque élément du corps était récupéré par un village pour y être vénéré. Le mythe égyptien se rapportant aux couples mythiques Osiris-Isis et Seth-Orus est sans doute le plus célèbre. Les pouvoirs d’Osiris s’étendent sur tout ce qui vit et doit mourir ; il possède le pouvoir de la résurrection et de la génération, car c’est à lui qu’Anubis, juge des esprits au tribunal des morts, présente les défunts, candidats pour la deuxième vie. Isis, épouse d’Osiris, Mère divine, qui représente l’âme universelle, accueille les morts pour les ressusciter.

En lune décroissante, Seth va assassiner son propre frère Osiris, le découper en treize morceaux qui seront répandus malgré la vigilance d’Isis sur le territoire égyptien. Identifié à un porc noir, Seth dévorera une fois par mois, la lune qui accueille l’âme défunte d’Osiris. Par la suite, Horus, fils d’Isis, livrera un combat victorieux contre Seth pour lui ôter ses pouvoirs maléfiques et demeurera le gardien de l’initiation.

De la destinée collective

La recherche d’intégration totale de l’homme dans le Grand Tout l’oriente à exploiter, parmi d’autres moyens, des représentations vibratoires (lettres ou sons). Afin de réaliser l’unification des énergies lunaires et solaires, des techniques complexes ont été élaborés (hatha-yoga, tantrisme) en considérant le corps humain comme une réplique microcosmique de l’univers. Ainsi, si l’œil et la narine gauche symbolisent la Lune, l’œil et la narine droite se rapportent au Soleil.

La Lune évoque également les mouvements collectifs, la nourriture au plus grand nombre, la collectivité humaine. L’influence lunaire semble tous nous relier les  uns par rapport aux autres. Ces fils invisibles qui nous maintiennent dans une étrange dépendance, sont devenus l’ouvrage de divinités séléniques, qui sont à l’origine du tissage (l’égyptienne Neith). Toutes ces divinités féminines unissent dans leurs métamorphoses (Ovide), leurs combats (Athéna et Arachné) et leurs œuvres (Proserpine et harmonie) autour des thèmes de la fertilité et de la mort. La Lune, matrice de toutes formes de vie, symbolise le destin. Celui-ci recèle un sens de prédestination qui dépendrait des maîtresses du temps. On les retrouve dans de nombreuses légendes où interviennent une araignée ou une femme mythique tenant en main une quenouille (Ishtar chez les Hittites, Atargatis chez les Syriens, la déesse chypriote d’Ephèse). Par extension, les maîtresses du destin des hommes se sont vues attribuées le pouvoir sur le temps. En Sanskrit, le temps se nomme kâla, mais kâla signifie aussi “ noir ”, “ assombri ” : le temps possède une nature impitoyable et noire. S’affranchir du temps permet donc de se libérer des souffrances de ce monde à notre époque tourmentée par la mâya (illusion cosmique générée par la danse de Shiva) et plongée dans l’ère du kaliyuga, c’est-à-dire l’âge sombre ou encore l’âge de fer, époque de décadence spirituelle annoncée dans la tradition indienne.

Conclusion

Les manifestations lunaires, reflets de nos événements quotidiens, s’apparentent aux mythes dominés par la dualité, le rythme, la  fertilité et la mort. La proximité apparente de la lune renforce l’intimité que nous tissons quotidiennement à travers son pouvoir sur les éléments naturels et les organismes vivants. Son empreinte semble s’appesantir sur nos destins comme sur nos repères spatio-temporels et pourtant, elle nous invite, avec le Soleil, au dépassement de notre réalité quotidienne devant le spectacle de leur contemplation

Tan


[1] à son périgée : 356400 Km ; à son apogée : 406 700 Km (de centre à centre). Dans les meilleures conditions, la distance se réduit à 350 000 Km.den périgée de surface à surface.

Muguet et Fête du Travail (Histoire)

Le muguet et la Fête du Travail n’ont en réalité qu’un point commun : le fait d’être célébrés le 1er mai. Et oui l’histoire du muguet remonte à un passé très lointain puisque déjà chez les Celtes la plante à clochettes symbolisait le printemps et était considérée comme un porte-bonheur. Mais c’est le roi Charles IX qui officialisa la tradition. Ayant reçu le 1er mai 1561 un brin de muguet, il décida d’en offrir chaque année aux dames de la cour.  

Offrir du muguet ne deviendra toutefois populaire que le 1er mai 1900 lorsque, lors d’une fête organisée par les grands couturiers parisiens, toutes les femmes reçurent un brin de muguet. Les « petites mains  » furent séduites par l’idée, et c’est ainsi que la fleur a pris sa dimension emblématique. 

Le 1er mai correspond à le Fête du Travail. Celle-ci trouve ses origines dans l’histoire du monde ouvrier. Le point de départ est le samedi 1er mai 1886. Ce jour-là, à Chicago, un mouvement revendicatif pour la journée de 8 heures est lancé par les syndicats américains. Une grève, suivie par 400.000 salariés, paralyse de nombreuses usines. La date du 1er mai n’avait pas été choisie au hasard : il s’agit du « moving day », le jour où, traditionnellement, les entreprises américaines réalisaient les calculs de leur année comptable.

Dès 1890, les manifestants arborent un triangle rouge symbolisant leur triple revendication : 8 heures de travail, 8 heures de sommeil, 8 heures de loisirs. Triangle rouge qui deviendra une fleur d’églantine. En effet, le 1er mai 1891, à Fourmies dans le Nord de la France, la manifestation tourne au drame. Les forces de l’ordre tirent sur la foule. Ce jour-là, une jeune femme portant une églantine est tuée. Cette fleur devient le symbole du 1er mai des militants qui l’épinglent en souvenir du sang versé. 

Le 3 avril 1919, le Sénat ratifie la loi instaurant la journée de huit heures. Exceptionnellement, pour célébrer cette avancée, la journée du 1er mai 1919 est déclarée chômée. Dans les années qui suivent, le 1er mai s’impose peu à peu comme un rendez-vous ouvrier. 

C’est le régime de Vichy qui rend officiellement férié le 1er mai pour tenter d’obtenir le soutien des ouvriers. Le 1er mai devient  « la  Fête du Travail et de la Concorde sociale ». En avril 1947, le gouvernement issu de la Libération confirme que le 1er mai demeurera un jour férié et payé dans le code du travail.

Merci à Mathilde pour le texte.

(Se)désinfecter

« Un excellent résumé sur le Coronavirus Covid-19’’ d’un assistant-professeur en maladies infectieuses à l’Université John Hopkins, Baltimore-Maryland, USA

C’est un excellent condensé sur la manière d’éviter la contagion, très instructif tout en étant clair et facile à suivre.

Le virus n’est pas un organisme vivant, mais une molécule de protéine (ADN) recouverte d’une couche protectrice constituée de lipide (matière grasse) qui, lorsqu’absorbée par les cellules oculaires, nasales ou buccales, change son code génétique (mutation) et se transforme en agresseur et en cellules multiplicatrices.

Dès lors que le virus n’est pas un organisme vivant mais une molécule de protéine, on ne peut pas le ‘’tuer’’ à proprement parler ; il se décompose de lui-même. La durée de cette désintégration dépend de la température, du niveau d’humidité et du type de matière sur laquelle il repose.

Le virus est très fragile ; la seule chose qui le protège est une fine couche extérieure de graisse.

C’est pourquoi tout savon ou détergent est le meilleur remède, car la mousse attaque la graisse (raison pour laquelle on doit autant se frotter les mains, 20 secondes ou plus, afin de faire beaucoup de mousse). En

dissolvant la couche grasse, on obtient que la molécule de protéine se disperse et se décompose d’elle-même.

  La chaleur fait fondre la graisse, voilà pourquoi il est bon d’utiliser de l’eau au-dessus de 25°C pour laver ses mains, les vêtements ou toute autre chose. De plus, l’eau chaude produit plus de mousse et la rend ainsi plus efficace.

      –   L’alcool ou tout autre mélange contenant plus de 65% d’alcool dissout toute graisse, et particulièrement la couche extérieure de lipide du virus.

        Tout mélange d’une (1) dose d’eau de Javel pour cinq (5) dose d’eau dissout directement la protéine et la détruit de l’intérieur.

          En l’absence de savon, d’alcool, ou de chlore, on peut recourir à l’eau oxygénée, car le peroxyde dissout la protéine du virus, mais il faut l’utiliser pure, ce qui est nocif pour la peau.

      –   Aucun bactéricide n’est utile. Le virus n’est pas un organisme vivant comme la bactérie. On ne peut pas tuer ce qui n’est pas vivant avec des antibiotiques.

      –   Ne jamais secouer vêtements (sur soi, ou qu’on a portés), draps ou chiffons. Si on secoue un linge ou qu’on utilise un plumeau, les molécules du virus peuvent alors flotter dans l’air pendant 3h et aller ainsi se loger dans le nez.

          Lorsque le virus est collé à une surface poreuse, il est très inerte et se décompose en seulement :

                  3h sur un tissu par exemple ou toute autre surface poreuse.

                  4h sur le cuivre (naturellement antiseptique) et le bois (qui l’assèche et l’empêche de se décoller pour

                  se diffuser dans l’atmosphère).

                  mais il peut subsister jusqu’à :

                  24h sur le carton.

                  42h sur un métal.

                  72h sur le plastique.

      –   Les molécules du virus restent très stables dans le froid extérieur, ou dans le froid artificiel (climatisation des bâtiments ou des véhicules, par exemple…). Pour rester stables, ces molécules ont aussi besoin d’humidité

et de pénombre. Ainsi, le virus se dégradera plus facilement et rapidement dans un environnement déshumidifié, sec, chaud et lumineux.

        –   Les rayons ultraviolets décomposent la protéine du virus, quelque soit la surface où il se trouve. La lampe à ultraviolets, par exemple, est parfaite pour désinfecter et réutiliser un masque. Prudence néanmoins car

elle décompose aussi le collagène (une autre protéine) de la peau et peut être la cause de rides et cancer de la peau.

       –   Le virus ne peut pas passer à travers une peau saine.

            Le vinaigre ne sert à rien car il ne dissout pas la couche protectrice grasse du virus.

        –   Les boissons alcoolisées, comme la vodka, n’ont aucun effet (les plus fortes comportent autour de 40% ou 50% d’alcool, or la teneur minimale requise est de 65% d’alcool).

        –   La Listerine peut être utile, sa teneur en alcool étant de 65%.

        –   Plus l’espace est confiné, plus la concentration du virus sera grande. Plus l’espace est ouvert et aéré, plus la concentration du virus sera réduite.

N.B. :   Outre les indications ci-dessus, vous devez vous laver les mains avant et après avoir touché :

muqueuses, nourriture, serrures, poignées de portes, boutons et interrupteurs (lumière, ascenseurs…), téléphones, télécommandes, montres, ordinateurs, bureaux, télévisions, etc…

Lorsque vous allez aux toilettes et/ou dans la salle de bain, il est important de s’hydrater les mains car elles ont tendance à se dessécher à force de lavages répétés. les molécules du virus peuvent alors pénétrer dans les micro-lésions de la peau. Plus l’hydratant est épais, mieux c’est.

Veillez aussi à garder vos ongles courts, pour éviter que le virus n’aille se cacher dessous.

Merci infiniment à tous de partager ceci aussi largement et généreusement que possible.

Confucius

CONFUCIUS

S’il est le nom d’un homme qui surnage au dessus des remous de l’histoire de la civilisation chinoise, c’est bien celui de Confucius (孔丘 Kǒng qiū[1]) appelé plus généralement Kǒngzǐ (孔子)qui signifie Maître Kong. Il aurait vécu de 551 à 479 av. J.-C. durant la sanglante période du délitement féodal dite des Printemps et Automnes  (Chūnqiū 春 秋) (de 771 à 481/453 av. J.-C)). L’historiographie traditionnelle nous apprend qu’il naquit dans l’état de Lu (actuel Shan Dong) à Zōu ( ) , sillonna la Chine à la recherche d’un monarque désireux d’expérimenter ses principes de gouvernement, puis revint dans son pays natal vers l’âge de 60 ans pour y mourir à 72 ans dans la ville de Qūfù (曲阜). Mais ce n’est seulement qu’à partir de l’âge de 50 ans, déçu ne n’avoir jamais pu obtenir que des postes subalternes qu’il commença à regrouper autour de lui des disciples.

Le personnage de Confucius peut être perçu sous la double image :

  1. D’un conservateur réactionnaire de l’ordre ancien qui proteste contre le délitement de l’état féodal et de celui de la dynastie des Zhou (1 045 à 221 av. J.-C.)
  2. Et celle d’un grand humaniste qui a tenté de libérer l’homme en lui enseignant la possibilité de se perfectionner et d’harmoniser par ses qualités morales et la compréhension des rites, la société toute entière.

Anne Cheng[2],  rappelle qu’avec lui, un  saut qualitatif culturel  a été franchi dans l’histoire chinoise. Les bouleversements sociaux engendrés par l’instabilité des règnes laissent à penser aux penseurs chinois que l’ordre naturel est lié à la qualification morale du souverain. Aussi, une réflexion philosophique s’amorce-t-elle à propos de son comportement : l’homme chinois tourne son regard en lui-même. C’est le début de la prise de conscience de la pensée chinoise. Une voix, celle de Confucius, s’éleva du peuple, d’abord à l’attention des gouvernants, pour ensuite inspirer toutes personnes désireuses de se comporter en homme de bien (君 子 Jūnzǐ). Il est peu probable qu’il ait rédigé une œuvre de sa propre main, la plupart de ses paroles ont été mémorisées et retranscrites par ses disciples bien des années après sa mort.

CONFUCIUS ET LAO ZI

Le grand nombre de récits racontant son existence doit renforcer notre vigilance sur leur authenticité notamment à l’époque où l’activité bibliographique était quasiment inexistante. Même les anecdotes du célèbre annaliste des Han, SI MA Qian[3]se révèlent douteuses quand l’une d’entre elles décrit l’improbable rencontre entre Confucius et Lao Zi[4].

Le terme Dào (道)que l’on peut traduire par la « Voie » revient souvent dans leurs écrits. Cette conception remonte à la plus haute antiquité. Mais les deux hommes l’interprètent un peu différemment. Dào signifie «chemin, route », « moyen, méthode, procédé », « voie à suivre, principes, règles », « dire, parler, exprimer ». Originellement, ce mot possède une grande portée religieuse « qui désignait l’art de mettre en communication le Ciel et la Terre » dont l’Empereur était le plus digne intercesseur et sa propre existence et ses actions devaient être réglées conformément à l’Ordre naturel. Pour la pensée religieuse de l’époque ainsi que pour Confucius ce principe d’Ordre (naturel) se manifestait principalement dans les règles d’alternance s’imposant à notre monde phénoménal selon les concepts du Yin et du Yang. Par extension, le Dào de l’Homme regroupe l’ensemble des principes de conduite qui permettent à l’homme, c’est-à-dire au Souverain (en premier lieu), de jouer son rôle d’intercesseur entre le Ciel et la Terre. Lao Zi assigna une signification supplémentaire, à celui d’Ordre, il rajouta celle d’une réalité qui est à l’origine d’un univers de caractère ineffable, autrement dit un rôle cosmique et géniteur.

Sous bien des aspects ces deux enseignements peuvent être comparés aux deux faces d’une même pièce de monnaie. Alors que Lao Zi, considéré comme le fondateur du Taoïsme, favorise une prise de conscience individuelle et spirituelle, Confucius  diffuse un enseignement résolument pratique promouvant la morale sociale par le respect des rites et l’acquisition d’une sagesse exercée sur le contrôle de la conduite. Un ancien adage n’énonce-t-il pas :  on est taoïste chez soi et confucianiste au dehors  !

La construction du monument de l’orthodoxie confucéenne repose véritablement sur le fondement des Cinq Classiques que nous aborderons succinctement après la présentation des Entretiens de Confucius (論 語, Lùn Yǔ)qui passe pour être l’ouvrage reflétant le plus fidèlement la pensée de Maître Kong.

L’ENSEIGNEMENT DE CONFUCIUS SELON LE LUN YU

Le lecteur pourra être surpris par le nombre substantiel de courts aphorismes souvent incompréhensibles à la première lecture. Ce style littéraire se caractérise par l’emploi systématique d’allusions pour susciter le désir d’instruire et de favoriser le questionnement intérieur par le jeu de la dialectique.

Ses principes visent le perfectionnement de l’homme, principes qui reposent sur la nécessité de l’étude (學 Xué),  la pratique des rites (禮, Lǐ) et le perfectionnement du sens de l’humain ou humanité (仁 Rén) pour se comporter en homme accompli ou homme de bien (君 子 Jūnzǐ). Confucius souhaite pouvoir établir une mise en relation entre les qualités individuelles, le devoir social et les charges politiques.

LA NÉCESSITÉ DE L’ÉTUDE

Apprendre, c’est d’abord imiter. Toutefois, l’imitation doit être correcte. Cette condition nécessite un apprentissage de vie qui doit se nourrir et savoir s’adapter au monde relationnel..  Mais tout ceci serait vain, sans la conscience de la valeur morale qui tend à révéler naturellement une hiérarchie de fait. Au chapitre XVI.9, Confucius dit :  Ceux dont le savoir est inné, constituent une catégorie supérieure. Puis viennent ceux dont le savoir fut acquis par l’étude. Puis ceux qui se sont mis à étudier parce qu’ils se trouvaient dans une mauvaise passe. Tout en bas, il y a les gens qui se trouvent dans une mauvaise passe, mais qui n’étudient pas

L’absence d’une pensée dogmatique

L’homme chinois possède un goût indéniable pour classer par catégorie, de promouvoir les correspondances plutôt qu’à définir, et d’employer une langue où le son et l’écriture peuvent totalement être dissociée, favorisant par là même un travail de mémorisation et de mise en relation.

Confucius se défend bien de se comporter en gourou inspiré par les sphères supérieures :  Je n’ai pas la science infuse. J’aime l’antiquité et j’ai la passion de m’informer (chapitre VII.20). Conformément à cet esprit, Confucius affirme dès le chapitre V.1 : Je transmets, je n’invente rien.. Le Lun Yu n’impose à aucun moment une méthode fixe visant à offrir des solutions pour chaque situation. Il ne s’appuiera que sur l’exemple pour éveiller le questionnement intérieur des disciples.

Enfin, à l’instar des autres professeurs, son enseignement, certes doctrinal, était destiné à l’étude des six arts : le tir à l’arc, la conduite de char, le rituel, l’algèbre, la musique et l’art du pinceau.

Etudier, savoir réfléchir avec justesse par l’allusion et l’exemple

A l’origine, le caractère chinois Xué (學)signifiait « imiter » . L’étude doit donc se comprendre comme un apprentissage par l’imitation. Toutefois, à la lecture du Lun Yu, il s’agit moins d’une étude portée sur des efforts purement intellectuels que sur les leçons tirées d’expériences de la vie vécues auprès d’autrui.

Confucius insiste sur la nécessité de la rectitude de la moralité garante de l’action correcte. Il prend bien garde de ne pas confondre rectitude et rigidité : L’honnête homme est droit, mais pas rigide  (chapitre XV.37). De surcroît, la moralité possède une action rayonnante sur l’entourage comme décrit dans le chapitre XIII.6 :  Il est droit : tout marche sans qu’il doive commander. Il n’est pas droit : il a beau commander, nul ne le suit.

La puissance de l’allusion est également masquée sous des descriptions particulièrement laconiques : Si la natte est de travers, il [le Maître] ne s’assied pas  (chapitre X.12). Ici, le choix du Maître doit interpeller l’observateur sur l’importance de circonstances favorables à l’attitude correcte, destiné à éduquer à l’intelligence du langage, comme au langage politique.

Le perfectionnement individuel ne peut se réaliser que par l’effort conscient du disciple. Le chapitre VII.8. quand j’ai soulevé un angle de la question, si l’élève n’est pas capable d’en déduire les trois autres, je ne lui répète pas la leçon. 

L’enseignement est ouvert à tous, tout en étant adapté : Mon enseignement s’adresse à tous, indifféremment. et rappelle que l’enseignant aura à cœur de tenir compte du niveau de chacun :  A des hommes moyens, on peut expliquer les choses supérieures. A des hommes inférieurs, on ne peut pas expliquer les choses supérieures.  (chapitre VI.21).

Qu’importe donc le niveau social ou la fortune, tout homme, pourvu qu’il s’adonne à l’étude peut devenir un homme de bien (Jun Zi), parce qu’il œuvre à la véritable noblesse qui est celle du cœur.

Un enseignement pratique et basé sur l’action

Le caractère pragmatique de l’enseignement était autant marquée dans sa forme que dans son contenu :  Le Maître ne traitait ni des prodiges, ni de la violence, ni du désordre, ni des esprits. (chapitre VII.21). Homme d’action, il ne cesse de promouvoir la mise en pratique : Zigong demanda à Confucius à quoi se reconnaît un honnête homme. Le Maître dit :  ‘Il ne prêche rien qu’il n’ait d’abord mis en pratique’ .  (chapitre II.3)

Fournir un joyeux effort collectif dans une ambiance amicale

Sans l’expérimentation et la confrontation à autrui, à quoi servirait-il d’étudier sans pouvoir corriger ses propres manquements (chapitre VII.22) : Prenez trois hommes au hasard des rues : ils auront nécessairement quelque chose à m’enseigner. Les qualités de l’un serviront de modèle, les défauts de l’autre d’avertissement.

Nous pouvons aussi découvrir au chapitre VI.23 la relation établie entre la sagesse, la bonté et l’importance de l’humeur :    L’homme sage aime l’eau, l’homme bon aime la montagne. L’homme sage est actif, l’homme bon est tranquille. L’homme sage est joyeux, l’homme bon vit longtemps.

L’importance du sentiment de la joie figure fréquemment dans bon nombre de chapitres. Rappelons en médecine traditionnelle chinoise, que le sentiment de la joie est lié au Cœur. Il régit à la fois l’ensemble des émotions ressenties, le mental comme la mémoire historique ou  long terme . Apprendre donc avec joie ne peut que favoriser l’apprentissage et la mémorisation.

L’amitié répond à des marques mutuelles de respect, de confiance et d’entraide. Maître Kong accorde le plus grand soin à distinguer la qualité de l’ami :  Trois sortes d’amis sont utiles, trois sortes d’amis sont néfastes. Les utiles : un ami droit, un ami fidèle, un ami cultivé. Les néfastes : un ami faux, un ami mou, un ami bavard.  (chapitre XVI.4).

La mansuétude doit être également cultivée :  Ne faites pas à autrui ce que vous ne voudriez pas qu’on vous fit  (Chapitre XV.24) afin de permettre le perfectionnement de la vertu : Avec sa culture, l’honnête homme rassemble des amis ; avec ses amis, il se perfectionne dans la vertu suprême (Chapitre XII.24).

Enfin, le travail collectif efficace repose sur un consensus articulé autour de valeurs communes, au chapitre XV.41  le Maître dit :  Sans principes communs, ce n’est pas la peine de discuter. Comment parvenir à l’harmonie sociale sans pour autant décourager les efforts individuels, de telle sorte que chacun soit à sa place ?

La réponse est contenue dans l’importance des rites qui va permettre de se relier aux valeurs sacrées du passé, c’est-à-dire à l’âge d’or des anciens de la plus haute antiquité, pour réformer le présent et préparer l’avenir.

LES RITES

Le terme rite (禮 Lǐ) réunit 3 caractères : l’esprit, l’alcool qui provient d’un brouet de céréales et le tripode. Au départ, le rite aurait désigné une libation d’alcool, puis par extension il prend le sens de l’alcool versé dans un tripode à l’intention des esprits. Le rite est une notion générique qui rassemble les gestes, paroles, manières et conduites appropriées dans un contexte religieux, politique ou social selon les règles de bienséances.

Depuis les temps les plus reculés, seule la religion pratiquait les rites. Ces derniers se sont peu à peu imposés dans le cérémonial culturel pour régler les rapports sociaux..

L’esprit du rite : la recherche de l’harmonie entre les hommes et l’univers

Au delà du formalisme, Confucius insiste davantage sur les effets de la pratique du rite : perfectionnement moral individuel et action civilisatrice à l’échelle du peuple. Facteur d’intégration de tout premier plan, le Maître insiste pour que les règles normalisent toutes les coutumes et les conventions depuis le sacrifice aux ancêtres jusqu’aux moindres détails de l’étiquette sociale.

Prenant quelques distances avec la religion, il refuse de spéculer sur le divin : Pourquoi s’intéresser à la mort quand on ne sait pas ce qu’est la vie ? , il se contente d’effectuer un emprunt sélectifs aux rituels des dynasties précédentes. Bien qu’il se consacra peu à l’étude religieuse, sa vie ne fut pas dénuée de spiritualité, car elle fut, toute entière, dédiée au perfectionnement des qualités morales où l’étude ouvre le chemin :  L’honnête homme s’ouvre l’esprit avec les lettres, il se discipline avec les rites, et ainsi il ne saurait s’écarter du droit chemin. . Confucius attribue même un avantage supplémentaire à se pencher sur les poèmes et la musique :  les Poèmes inspirent, les Rites affermissent et la musique parachève.  (chapitre VIII.8)

Intériorisation des attitudes culturelles

Pour le Maître, chaque rencontre avec autrui est de nature rituelle. Afin de dépasser le simple accomplissement extérieur, le rite ne saurait s’affranchir de l’adhésion sincère du cœur et de l’esprit révélée par la beauté harmonieuse du geste. L’accès à un certain niveau d’intériorisation est indispensable pour se comporter rituellement, c’est-à-dire humainement. Et c’est à l’occasion des cérémonies importantes, que la ritualisation des échanges sociaux atteint des sommets d’intensité spirituel et esthétique.

Le rite ne peut se vivre que dans l’expérience de la vie communautaire car l’homme accompli (Jun Zi) est celui qui a pleinement réussi à intégrer toutes les conventions sociales : l’honnête homme cultive l’harmonie, mais pas la conformité. L’homme de peu cultive la conformité, mais pas l’harmonie.  (chapitre XIII.23)

Toutefois, le Maître sait que le respect du rite ne peut être effectivement atteint que par un nombre limité de personnes. C’est le sens du chapitre XVII.2 : la nature rapproche, la coutume sépare.

Confucius met l’accent sur l’aspect formel des tenues rituelles qui sont synonymes de sobriété et de pureté, sur la nécessité de certains rites familiaux tels que la piété filiale ou le culte rendu auprès de l’autel des ancêtres. Dans ce dernier cas, par exemple, le rite permet la réappropriation des traditions du passé par l’établissement de liens avec les esprits des ancêtres conférant par là, une légitimité pour justifier les actes à venir.

Gouverner

A l’image du corps humain, toutes les activités du corps social devraient s’organiser et se coordonner sans effort, simplement en reproduisant les attitudes rituelles appropriées au contexte approprié. C’est une invitation à concevoir dans son fonctionnement idéal, l’ensemble du corps social comme une cérémonie sacrée. Le rayonnement de la force morale du souverain représente une illustration du principe de la centralité : Le Maître a dit : Ce qui fonde son gouvernement sur la vertu peut se comparer à l’étoile Polaire qui demeure immobile, cependant que les autres étoiles tournent autour d’elle (chapitre II.1).

L’omniprésence du rite dans la vie sociale n’est–elle pas soulignée par cette citation du Livre des Rites ? : Les rites prennent leurs principes dans le ciel, fonctionnent sur la terre, s’ordonnent dans les festivités, suivent les saisons et se diversifient selon les activités humaines. 

Par ce jeu de correspondances, les rites doivent respecter les lois cosmogoniques en les reliant au système ordonné de la nature que la société essaie de reproduire par l’établissement d’une hiérarchie naturelle entre les hommes. A titre d’exemple, il a été accepté que l’inceste n’est pas naturelle et que les Cinq relations (devoirs mutuels entre père et fils, prince et sujet, mari et femme, vieux et jeunes, amis et compagnons) décrivent les devoirs réciproques.

Si les penseurs de la Chine Antique ont voulu transmettre par le biais des récits historico-légendaires l’exemplarité de la conduite des souverains, c’est pour mieux marquer la différence entre le pouvoir et l’autorité. L’homme d’autorité (le souverain éclairé par excellence) possède un tel niveau de Dé (德f force morale) qui le rend capable d’exercer une influence majestueuse sur autrui (respect et obéissance) sans action particulière.

En instituant les rites, l’homme peut accéder à son humanité comme s’il y avait une vertu intrinsèque permettant de rendre ouvert et réceptif à l’influence du supérieur, car l’homme possède une nature perfectible et malléable que l’on se garderait bien de confondre avec la bonté humaine.

En cultivant Rén ( 仁 ), appelé aussi humanité ou sens de l’humain, nous allons mieux comprendre pourquoi un homme devient pleinement humain, ce qui fait dire au Maître : au chapitre III.3 :  Si un maître est dépourvu d’humanité, que lui servent les rites ? 

LE REN OU LE SENS DE L’HUMAIN

La décomposition du caractère Rén (仁) (clef de l’homme + le nombre deux) explique que la présence d’une autre personne  est absolument indispensable pour cultiver cette vertu.

Dans son sens le plus ancien, il décrit la magnanimité exprimé par un grand personnage. Dans le sens employé par Confucius, A. Cheng donne la définition suivante que nous reprendrons :  « le souci qu’ont les hommes les uns pour les autres du fait qu’ils vivent ensemble » . Aussi, perfectionner son Ren traduit l’effort fourni par une personne pour atteindre une valeur morale très élevée, afin d’atteindre  la qualité humaine [5] ou encore  le sens de l’humain .

Conformément à sa ligne de conduite, il n’a jamais donné une définition rigoureuse, préférant qualifier par touches successives, à l’instar des maîtres chinois qui adaptent les réponses au niveau de chaque interlocuteur. Le Maître propose d’approcher la définition du Ren par ces quatre termes: fermeté, décision, simplicité, réflexion (chapitre XIII.27 )

Pour Confucius, tout commence par soi-même. Tout être humain doit se faire un devoir d’accroître sa vertu (仁) en la cultivant dans le réseau des relations humaines. D’ailleurs, le premier devoir sur lequel insiste le Maître porte sur la piété filiale (孝 xiào) qui se manifeste par la réciprocité, la mansuétude, le respect et la confiance. A l’échelle de la société, ce devoir s’applique aux Cinq Relations ou Cinq Classes5 car : La vertu n’est pas solitaire ; elle suscite invariablement des voisins  (chapitre IV.25).

Ainsi cette attitude de bienveillance, partant du souverain, doit se propager vers le reste du monde à l’image de la sollicitude pratiquée par les membres d’une même famille. Zeng Zi (505-436 av. J.-C.) dans la Grande Étude (大 學, Dà Xué) précise dans une magnifique image que cet élargissement doit s’effectuer par cercles concentriques de plus en plus larges. Une autre phrase s’impose également au  chapitre XII.22, nous pouvons lire : Fan Chi demanda en quoi consiste la vertu suprême, Confucius répondit : Aimer les autres.

Il existe une différence marquante entre la mentalité occidentale et la mentalité chinoise qui mérite ici d’être soulignée. La mentalité de cette dernière ne s’intéresse guère à la seule analyse psychologique des personnages, au ressort de leurs motivations profondes ou à la description cornélienne de tensions intérieures conflictuelles qui animent l’affect des individus coincés entre le désir, la passion et les responsabilités. En Chine, la résolution des conflits relationnels s’appuie plutôt sur la référence à des précédents, dont la culture chinoise fourmille d’exemples, pour aider à régler la conduite dans un sens convenable pour tous.

Fidèle à ce principe, le Maître pense qu’une plus grande conscience de l’intériorité de l’individu permettra de parvenir à une plus grande efficacité dans la vie sociale et politique. Ceci est d’autant plus difficile à réaliser que la vertu suprême tendrait à se manifester de manière intermittente chez l’homme, même chez son plus proche disciple (prématurément décédé)  :  Yan Hui pouvait attacher son cœur pendant des mois à la poursuite de la vertu suprême, tandis que les autres n’y pensent qu’un instant de temps à autre. (chapitre VI.7)

L’IMPORTANCE DES CLASSIQUES

Les confucianistes formaient de véritables écoles, des lignées de maîtres et de disciples avec une différence de taille envers les autres écoles : ils enseignaient la culture même de la Chine en puisant et en transmettant la culture chinoise antique. En s’enracinant dans les coutumes, les précédents historiques et les arts, seule l’école confucianiste, parmi toutes des écoles de pensée, a tenu seule la promesse d’une intégration de l’individu à sa culture, à sa communauté. C’est la principale raison de sa longévité.

Cette longévité s’explique aussi par la solidité du monument confucéen orthodoxe qui a su consigner et légitimer sa doctrine dans des Classiques (jing). Sous les Song, viendront s’intégrer les Quatre Livres de Zhu Xi qui constitueront les textes essentiels pour « clarifier les principes du Ciel et rectifier les esprit des hommes ».

En chinois, l’ouvrage classique est intitulé « Jīng » ( 經 ) signifiant « la trame d’un tissu » (clef de gauche). Le texte classique se propose donc de faire apparaître « les motifs fondamentaux de l’univers ». On comprend sans effort le caractère sacré des signes de l’écriture chinoise employés par les Shǐ(史)(qui signifie scribe ou devin). Mais pour mieux appréhender la raison du remodelage de la totalité du corpus littéraire selon la doctrine confucéenne, il nous faut remonter à l’époque de la prise du pouvoir par la dynastie des Zhou (11e siècle av. J.-C.).

DE LA QUALIFICATION MORALE DU SOUVERAIN

Pour les penseurs chinois de l’époque, se pose un problème de la plus grande importance: comment s’assurer de la qualification morale du dirigeant pour conserver le Mandat Céleste et permettre au pays de prospérer ?

Comme le destin du souverain est lié à celui de son peuple, la diffusion de sa vertu devait à l’image du vent embrasser les  Cinq Classes [6] en affirmant sa capacité à déléguer et les responsabilités. Le problème paraissait tellement important pour Confucius, qu’il en est venu à examiner et à réinterpréter tout le corpus de la littérature antique pour satisfaire les interrogations suivantes : qu’est-ce qu’un bon souverain ? qu’est-ce qu’un homme accompli ? et quels sont les moyens de son perfectionnement ?

Cette démarche a provoqué un double impact : elle a stimulé la réflexion philosophique en la liant indéfectiblement à des préoccupations d’ordre politique.

En effet, les futurs lettrés fonctionnaires (识  Shì), classe sociale dont est issu Confucius, sont dépositaires d’un savoir qui intéresse les Princes. Bénéficiant d’une relative autonomie vis à vis des enjeux politiques durant la période des  Printemps et Automnes , les hautes fonctions qu’ils tendent à exercer fixent rapidement leur statut dans une spécialisation totalement politique[7] qui fera d’eux des lettrés-fonctionnaires (儒 家 Rújiā)

LES CINQ CLASSIQUES

Devant la décadence des États, les penseurs chinois confucéens ont commencé à réfléchir en profondeur dès l’antiquité en compilant et en interprétant les textes ayant valeur d’exemples pour les destiner à l’enseignement. Il ne s’agit donc pas d’un produit d’une révélation divine, mais d’une compilation d’expériences humaines pratiques.

Les 5 classiques se posent comme les fondamentaux de l’orthodoxie confucéenne. Résultant d’un travail collectif, ils possèdent un statut public et sont traditionnellement cités dans l’ordre suivant :

  • Le ZHOU YI (Les mutations des Zhou) ou encore YI JING  (Le livre des mutations) est l’étude du devenir.
  • Le SHANG SHU ou SHU JING (Le Classique des documents) est l’étude de la politique.
  • Le SHI JING (Le livre des odes) est l’expression du lyrisme.
  • Les ZHOU LI, YI LI, LI JI (les livres des Rites) est l’étude de la conduite.
  • Le LU SHI CHUN QIU (Les annales des Printemps et Automnes) est l’étude du gouvernement de l’humanité.

Ces Cinq Classiques confucéens sont devenus la base de l’enseignement, de l’instruction des lettrés et du recrutement des fonctionnaires. Tous ces textes formateurs d’une tradition servent donc de modèles pour les générations à venir. Nous comprenons mieux ainsi comment les lettrés confucéens (Rú Jiā) sont devenus les gardiens de la littérature antique en demeurant les dépositaires d’une sagesse unanimement acceptée.

Tout au long de l’histoire de la Chine, les principes confucéens se sont adaptés institutionnellement aux objectifs de la politique. A titre d’exemple, le confucianisme des Han antérieurs se présente déjà bien différemment de l’enseignement originel de Confucius. En quête d’une unité politique et culturelle, l’empereur Wu (140-87 av. J.-C.) va privilégier, à partir de l’enseignement du Maître, les dispositifs normatifs pour renforcer l’autorité d’un gouvernement central. Il développera la forme la plus externe de la royauté « Wài wáng 外王 » aux dépens de l’intériorisation et du perfectionnement de la valeur morale personnelle c’est-à-dire la dimension intérieure de la sainteté (Nèi shèng 內聖).

ZHU XI  ET LES QUATRE LIVRES OU LE NÉO-CONFUCIANISME

Bien plus tard, préfet et philosophe,  Zhūxī (朱熹) (1130-1200) de la dynastie des Song (920 – 1279) créa une sorte de centre culturel, la Grotte du Cerf Blanc. Il enseigna à des disciples l’importance du perfectionnement personnel par l’étude. Lassé des intrigues de la cour, il se consacra par la suite exclusivement à composer le commentaire des Quatre Livres qui s’imposera comme le programme des examens officiels qui regroupe :

  • Meng Zi (Le livre de Mencius)
  • Lun Yu (Les Entretiens de Confucius)
  • Zhong Yong[8] (L’invariable Milieu)
  • Da Xue[9] (La Grande Étude)

Zhu Xi appartient donc au groupe de philosophes qui renouvelèrent le confucianisme au temps des Song, Ce mouvement fut appelé par les missionnaires jésuites « Néo-Confucianisme » (Dao Xue). Zhu Xi contribua à propager une pensée confucéenne plus axée sur la morale que sur le fond philosophique. Ces textes feront unanimement autorité et deviendront des références culturelles majeures puisque leurs études fut rendues obligatoires jusqu’à la révolution de 1911 qui institua la République de Chine.

Le Meng Zi[10] , rédigé par son héritier spirituel, Mencius (孟 子 Mèngzǐ)(380 à 289 av. J.-C.), regroupe 7 livres, chacun se subdivise en deux parties A et B et prenant pour titre les deux premiers mots du texte, à la manière des Entretiens.

La Grande Étude (Da Xue) et l’Invariable Milieu (Zhong Yong) ont été compilés à la fin du 1er siècle avant J.C. avec probablement des matériaux plus anciens. Ces textes deviendront très importants sous les Han. Mais c’est surtout sous les Song qu’ils vont devenir des textes autonomes grâce au travail de Zhu Xi.

LES TROIS ENSEIGNEMENTS (SAN JIAO)

Il règne une malheureuse confusion qui consiste à affirmer que la Chine possède trois religions : le Confucianisme, le Taoïsme et le Bouddhisme. Le terme « Enseignement » serait en fait beaucoup plus approprié. En effet, l’enseignement ne prend de sens que s’il existe une Voie, c’est à dire un cheminement permettant de s’accomplir par les expériences concrètes de la vie. L’esprit chinois, je l’ai déjà dit, tend à refuser les dogmes, particulièrement ceux de nature religieuse et monothéiste qui tendent à enfermer l’être dans une relation exclusive avec un être transcendant.

Si l’abondance des pratiques rituelles dans le Taoïste, le Bouddhisme et le Confucianisme confinaient parfois au culte de la personnalité de Confucius, de Lao Zi ou de Bouddha, il est vrai que d’un point de vue occidental, ils ont pu donner l’apparence d’une religion.

Cependant, l’esprit religieux chinois se manifeste pleinement dans le culte rendu aux ancêtres comme à celui rendu au Ciel. tous ces cultes ont survécu à tous les gouvernements et aucun de ces trois enseignements ne les ont rejeté.

CONCLUSION

Commenter l’évolution de la pensée de Confucius sortirait de l’objet de cette étude.

Toutefois, je pense qu’il est utile de rappeler l’usage de certaines expressions particulièrement moralisatrices  particulièrement bien ancrées dans l’esprit du patrimoine chinois.

Les trois dynasties Yuan (1271 à 1368), Ming (1368 à 1644) et Qing (1644 à 1911) vont, en particulier, appliquer à la femme chinoise la formule sān cóng sì dé (, les 3 obéissances et les 4 vertus). La triple obéissance consiste en l’obéissance de la jeune fille à son père, de l’épouse à son mari, de la veuve à son fils aîné tandis que les 4 vertus s’appliquent au comportement de la femme (fu de), au contrôle de la parole (yan de) et de l’apparence (rong de) et à la nécessité de remplir ses devoirs (gong de).

On attribue également à Confucius : l’homme est à la femme ce que le soleil est à la lune. Il dirige, elle suit ; et c’est ainsi que règne l’harmonie. »

L’institutionnalisation et l’évolution de la doctrine confucéenne n’ont conservé que son aspect le plus extérieur et, également,  le plus moralisateur.  S’ils ont contribué à formaliser des rapports ressentis de plus en plus contraignants entre les acteurs sociaux, le monde chinois a pu néanmoins, préservé jusqu’à présent, une étonnante stabilité et cohérence grâce à l’importance attribuée au respect des traditions dans lesquelles s’intègrent les recommandations pragmatiques de l’initiateur Confucius.

Avec lui, le monde chinois s’est questionné sur sa propre identité, effort qui l’a conduit à son unification puis, seulement à partir du 20e siècle, à devenir un peu moins opaque vis à vis du monde occidental. Même si la confrontation de ces deux mondes continue à osciller entre le malentendu conflictuel et la fascination d’une sagesse orientale, aucune frontière n’empêchera l’homme de bien confucéen de rencontrer l’honnête homme occidental. Toutefois, à l’échelle des sociétés, il faudra faire preuve de la plus grande tolérance pour accepter, qu’il existe de part et d’autre, des voies de développement différentes sur une planète à vivre ensemble.

Tan


[1] Patron de « l’école des lettrés  (Ru Jia), son nom a été latinisé par les missionnaires jésuites au 17e siècle (Kong Fuzi, « maître Kong )

[2] A. Cheng, La pensée chinoise, Edition du Seuil

[3] Sīmǎ Qiān ( 司馬遷 ), mort en –86, grand analyste de la dynastie des Han (145 – 80 av. J.C.).

[4] Lao Zi : le nom de famille serait Li, son prénom Er, son appellation Tan, originaire du pays de Chu,  dans l’actuelle ville de Lu Yi (ville des cerfs), dans l’état actuel de He Nan (Source : « Shi Ji  (Annales Historiques) de Si Ma Qian). Bien que le nom Li  ne fasse l’objet d’aucune certitude historique, il  permettra aux représentants de la dynastie des Tang  (618-907) de se réclamer de sa lignée ancestrale.

[5] Ren a également été traduit par « humanité , « bénévolance , « la vertu suprême 

[6] Les 5 relations ou 5 classes : devoirs mutuels entre père et fils, prince et sujet, mari et femme, vieux et jeunes, amis et compagnons

[7] Shi : en chinois, il existe une homonymie entre la « fonction, l’emploi » et « le gentilhomme lettré » .

[8] Zhong Yong du Li Ji (chapitre 31) : S. Couvreur traduit par « l’invariable milieu  (expression la plus usuelle), François Julien par « la régulation à usage ordinaire 

[9] Da Xue du Li Ji (chapitre 42) : « la grande étude » 

[10] on peut se référer à la traduction de S. Couvreur,, Œuvres de Meng Tzeu, Les Quatres Livres, 1895, rééd. Paris, Cathasia, 1950 ou à celle, en anglais de D.C. LAU, Mencius, Harmondsworth, Penguin Books, 1970, rééd. Révisée avec le texte chinois, Hong Kong, Chinese University Press, 1984

La peinture de Gabriel Erguine

Gabriel est un ami de longue date et un peintre reconnu autant en France qu’en Russie. Découvrez ses oeuvres à votre rythme.

Principales expositions

 1998 – Tour Philippe-Auguste (Verneuil sur Avre)

1999 – Assemblée Nationale (Paris)

2000 – Maison Centrale des Peintres de Russie, sous l’égide de Mikhail Gorbatchev (Moscou)

2001 – Musée des Arts Modernes (Moscou) – exposition « Vibrations de l’âme »

            Tour Philippe Auguste (Verneuil sur Avre)

             Exposition des Rubans Bleus (Saint-Cloud)

2002 – Exposition des Rubans Bleus (Saint-Cloud)

2003   Club del Opera, exposition sur le thème de Notre-Dame de Paris (Moscou) avec la participation de TF1

2004 – Donjon de Sainte-Geneviève-des-Bois, « A l’est du nouveau »

2005   Donjon de Sainte-Geneviève-des-Bois, « Les arts en lumière » ; Exposition à Antony  dans les Hauts de Seine

2006  Musée des Arts Modernes de New-York (U.S.A.) ; 

            Donjon de Sainte-Geneviève-des-Bois, « Les arts en lumière »

2007  Mairie de Neuilly-sur-Seine (Hauts de Seine)

2008  Mairie de Levallois-Perret (Hauts de Seine)

2009   Espace Louis Delgres, « Lumières slaves » à Nantes (Loire Atlantique) ;

           Grande Loge de de France, Cercle Ecossais (Paris)

           Prieuré du Pont Loup à Moret sur Loing (Seine et Marne);

2010  60e salon des Artistes du Hurepoix  à Ste Geneviève des Bois (Essonne)  – Année France Russie – Salon des petits formats à Ste Geneviève des Bois (Essonne) ;    Centre George Gorse de Boulogne-Billancourt (Hauts de Seine)

2011  Salon des artistes du Hurepoix  ( Sainte Geneviève des bois )

          Artothèque ( Sainte Geneviève des bois ) Mise à disposition de plusieurs peintures 

Pianorium de Saint Domineuc  (  Bretagne ) Exposition dédiée au compositeur Paul Juon mon grand père maternel .

2012   Centre slave des belles lettres  ( Moscou )  exposition  caritative –  Don de 4 peintures pour une vente aux enchères au profit d’un orphelinat.

Ecole d’équitation du Kremlin  ( Moscou )  Exposition de 30 peintures

2013  Galerie Dresden  ( Moscou ) Exposition de 45 peintures intitulée «  Nouvelle vague «  

2014    Exposition  «  Mélodie des couleurs «  à l’Académie des beaux arts de Moscou de 107 peintures dédiée à  à mon grand père maternel Paul juon (compositeur ayant fini le conservatoire de Moscou avec son condisciple Serge Rachmaninoff et poursuivi sa carrière en Allemagne jusqu’en 1934 ) et à son frère cadet. Constantin Juon qui a souhaité rester en Russie après la révolution (peintre paysagiste renommé et premier secrétaire de l’Union des artistes) 

2015     Exposition au centre culturel russe de la rue Boissière à Paris sur la thématique des coupoles russes

2016      Exposition au centre culturel russe de la rue Boissière 

2017       Exposition au nouveau centre culturel et spirituel russe du quai Branly à Paris sur le thème des lumières de France et de Russie .

http://erguine.free.fr/ (au printemps de la modernité)

http://daodejing.free.fr/Page%20GE.htm (Lumières autour du peintre Gabriel Erguine)

LES AMANTS CELESTES DU PONT DES PIES (鵲橋仙) Quèqiáo xiān

纤云弄巧,飞星传恨,银汉迢迢暗度。
金风玉露一相逢,便胜却、人间无数。
柔情似水,佳期如梦,忍顾鹊桥归路。
两情若是久长时,又岂在、朝朝暮暮。  
Les nues rivalisant d’adresse forment un pont Pour unir des deux astres la passion. Quand de la Voie lactée, on franchit l’onde, Une fois le Vent doré Réunit avec la Rosée, Tous les amours palissent dans le monde.   Buvant le lait de la tendresse Rêvant dans une heureuse ivresse, Ils souffrent de regarder la voie de retour. Si leur amour existe pour toujours, Est-ce la peine d’être ensemble nuit et jour ?  
xiān yún nòng qiǎo, fēi xīng chuán hèn, yínhàn tiáotiáo àn dù.
Jīn fēng yù lòu yī xiāngféng, biàn shèng què, rénjiān wúshù.
Róuqíng sì shuǐ, jiāqí rú mèng, rěn gù quèqiáo guī lù.
Liǎng qíng ruòshì jiǔ cháng shí, yòu qǐ zài, zhāo zhāo mù mù.  

Auteur : 秦觀(Qín guān) (1049-1100)

Commentaire :

Selon un mythe chinois, le Bouvier et la Tisserande, deux astres amoureux, séparés par le fleuve céleste (la Voie lactée), se rencontraient une fois l’an, le 7e jour du 7e mois lunaire, en franchissant un pont formé par les pies.

Le « Vent doré » symbolise le Bouvier et la « Rosée » la Tisserande. (Commentaire et traduction de Xu Yuan Zhong)

鹊桥仙 : (pie, pont, immortel) Ces mots décrivent les amants célestes du pont des pies

纤云弄巧 : (fin, nuage, faire, virtuosité) Les fins nuages forment un bel ouvrage qui fait référence au travail de la tisserande qui brode de magnifiques ouvrages.

飞星传恨 : (voler, étoile, transmettre, haine) l’étoile filante (Altaïr représente le bouvier) laisse transparaître sa colère (du fait d’être séparé de sa bien-aimée par la voie lactée 364 jour sur 365)

银汉 迢迢 暗度 : (voie lactée, lointaine, traverser en cachette) les amants traversent en secret la vaste voie lactée (si vaste et qui les éloigne tant d’habitude)

金风玉露 : (vent de métal, rosée de jade) Vent et rosée d’automne (dans le système des Cinq Eléments, l’automne correspond au métal (jin feng), homophonie proche de (qiu feng, vent d’automne) ;  les perles de rosées sont brillantes et pure comme le jade, comme elles le sont en automne, désigne surtout la période de la rencontre)

一 相逢 便 胜却 人间 无数。(Une, rencontre, alors, triompher, parmi les hommes, innombrables) Cette simple rencontre surpasse alors les sentiments des innombrables amoureux sur terre.

道德经 (Dàodé jīng ) Le traité de la Voie et de la Vertu

Les troubles et les bouleversements sociaux survenus à partir de la période des Royaumes Combattants (Ve au IIIe siècle avant J.C.) ont probablement favorisé le développement de nouveaux courants religieux et philosophiques.  Alors que Kǒng zǐ孔子ou Kong qiu (Confucius[1]) (551 – 479) diffusait un enseignement résolument pratique visant la morale officielle et la vie publique par le respect des rites, l’emploi correct des noms et l’acquisition d’une sagesse exercée par le contrôle de la conduite, du respect d’autrui, de soi-même et des règles de vie en société en cultivant le sens de la réciprocité, le Taoïsme, dont Lao Zi[2] (Lao Tseu) est considéré comme le fondateur, favorisait une prise de conscience individuelle et spirituelle. Selon les sources écrites, il est difficile d’affirmer avec certitude que leur rencontre soit un fait avéré bien qu’elle ait été consignée dans le Shi Ji (史記 ) par Sīmǎ Qiān (司馬遷) (145 – 86 av J.-C.).

D’après la tradition, il occupa la charge d’archiviste à la cour des Zhou. Constatant leur décadence, il se résolut à partir en se dirigeant vers les montagnes de l’Ouest, vers le pays de Qin. Devant franchir la passe de Xian gu, Lao Zi, à la demande du « gardien de la passe » aurait écrit un ouvrage en deux sections puis il disparut sans que personne ne sache ce qu’il advint de lui.

Le Dao De Jing, dont la rédaction s’échelonnerait entre 460 et 380 avant J.-C.[3], est considéré comme l’œuvre de référence des Taoïstes.  Elevé au rang de « Classique » à l’instar des classiques confucianistes, cet ouvrage demeure l’un des plus glosés depuis l’antiquité chinoise. La tradition attribue la paternité du Dao De Jing à Lao Zi. Cependant, à la lumière des recherches, il est vraisemblable que le recueil se soit constitué progressivement entre la fin du IVe siècle ou le début du IIIe siècle[4]et « qui apparaît en fin de compte comme un recueil de sentences empruntées les unes à la sagesse commune, d’autres à diverses écoles proto-taoistes ». Autrefois connu sous le nom de « Lao Zi », le titre de l’ouvrage « Dao De Jing » ne fut attribué qu’à partir de la dynastie des Han.

La version contemporaine de « la Voie et sa Vertu » obéit à la version de Wángbì[5] 王弼 (226-249). L’ouvrage présente 81[6] chapitres courts et divisés en 2 parties (1-37 et 38-81) : l’une dite « supérieure » (shang) : parfois désignée comme Dao Jing  (livre du Dao),  et l’autre dite « inférieure » (xia), parfois désignée comme De Jing (livre du De).

« Le livre aux 5 000 caractères » se présente donc comme un livre poétique qui tout en n’obéissant pas à des lois strictes de versification s’impose néanmoins par sa cohérence. Le Dao De Jing se révèle un ouvrage particulièrement difficile à commenter.

Les principes du Dào et du Dé

Bien que le Taoïsme puise ses fondements dans la « doctrine du Dao », l’emploi des termes de Dào  et de Dé  appartenait déjà au langage religieux de l’époque. Cependant, Lao Zi leur attribua une dimension nouvelle, et qui justifiera à l’époque des Han le choix du nouveau titre : Dàodé jīng.

Dào () signifie «chemin, route », « moyen, méthode, procédé », « voie à suivre, principes, règles », « dire, parler, exprimer » ou enfin « taoïsme, taoïste ». Originellement, ce mot possède une grande portée religieuse « qui désignait l’art de mettre en communication le Ciel et la Terre » dont l’Empereur était le plus digne intercesseur et sa propre existence et ses actions devaient être réglées conformément à l’Ordre naturel. Ainsi Yu le Grand « parcourut et mit en ordre les neuf provinces du monde ».

Pour la pensée religieuse, ce principe d’Ordre (naturel) se manifestait principalement dans les règles d’alternance s’imposant à notre monde phénoménal selon les concepts du Yin et du Yang. Le langage évoluant, la signification de « Tao du Ciel » correspondait strictement à l’action du « Yang du Ciel », et le même raisonnement fut appliqué au Tao de la Terre. Quant au Tao de l’Homme, celui-ci  regroupe l’ensemble des principes de conduite qui permettent à l’homme, au Roi de jouer son rôle d’intercesseur entre le Ciel et la Terre (voir chapitre 25).

Lao Zi attribua donc une nouvelle signification au Dao, à celui d’Ordre, il rajouta celle d’une réalité qui est à l’origine d’un univers de caractère ineffable. On ne peut le nommer sans le dénaturer, toutefois s’il fallait lui donner un nom, Lao Zi le nommerait « Grand [7]».

Dé () : dans le graphisme Jia Gu Wen[8] , la partie droite du caractère Dé  se compose des caractères « route, direction », « droit, honnêteté ». Dans le graphisme Jīn wén[9] (金文), le caractère « cœur » est venu s’y adjoindre. Son sens général signifie qu’il faut agir et penser honnêtement[10], dans le sens de moralité, de vertu. Dans la langue actuelle, Dàodé a pris le sens de « vertu, moral, moralité ».

Pour les taoïstes, Dào et Dé sont donc aussi inséparables que le Yin et le Yang ou que l’ombre et la lumière. Dào est un concept indéterminé et universel  et Dé sous-tend toujours une notion de d’efficacité et de spécificité[11], une force intérieure qui permet des réalisations. Autrement dit, La force du Dào n’est vérifiable dans la  réalité par les effets du .


[1] Patron de « l’école des lettrés » (Ru Jia), son nom a été latinisé par les missionnaires jésuites au 17e siècle (Kong Fuzi, « maître Kong »)

[2] Le nom de famille serait Li, son prénom Er, son appellation Tan, originaire du pays de Chu,  dans l’actuelle ville de Lu Yi (ville des cerfs), dans l’état actuel de He Nan (Source : « Shi Ji » (Annales Historiques) de Si Ma Qian). Bien que le nom Li  ne fasse l’objet d’aucune certitude historique, il  permettra aux représentants de la dynastie des Tang  (618-907) de se réclamer de sa lignée ancestrale.

[3] Lao Zi, La Voie et sa vertu, Evreux, 1979, Seuil, P. 14

[4] M. Kaltenmark, Lao Tseu et le taoisme , St Germain du Puy, 1994, p. 22. Marcel Granet proposait également la fin du Ve siècle.

[5] Wángbì, durant sa courte existence (226-149), il eut notamment le temps de rédiger des commentaires remarquables sur le Yi Jing et le Lao Zi.

[6] 81 est élaboré à partir des chiffres mystiques 9 et 3. D’anciennes versions possédaient 72 versions (M. Granet, La pensée chinoise,Paris, Albin michel, p. 410)

[7] Ce terme sera volontiers remplacé plus tard par Da Yi (la grande unité)

[8] Jiǎgǔwén甲骨文 : écriture gravée sur os d’animal ou écaille de tortue à l’époque de la dynastie des Shang (16e – 11e siècle avant J.-C.)

[9] Jīnwén金文: écriture gravée sur bronze à l’époque des Shang et des Zhou

[10] Pour Confucius, le était une qualité acquise par celui qui vivait noblement en compagnie d’hommes éduqués et policés….le sage incarne un idéal de civilisation et devient un modèle pour son entourage.

[11] Marcel Granet : « c’est l’Efficace qui se singularise en se réalisant ».

道可道,非常道。
名可名,非常名。          

無名天地之始﹔
有名萬物之母。      
La Voie qu’on peut énoncer
N’est déjà plus la Voie

Et les noms qu’on peut nommer
Ne sont déjà plus le Nom  
chapitre 1 (extrait)

人法地,
地法天,
天法道,
道法自然。
L’homme prendra donc modèle sur la Terre
La Terre prend modèle sur le Ciel
Le Ciel prend modèle sur la Voie
La Voie elle se modèle sur le naturel
Chapitre 25
道生一,
一生二,
二生三,
三生萬物。

萬物負陰而抱陽,
沖氣以為和。


La Voie donne vie en Un
Un donne vie en Deux
Deux donne vie en Trois
Trois donne vie au Dix mille êtres

Les Dix mille êtres adossés au yin
Embrassant le Yang
Les souffles qui s’y ruent
composent en Harmonie
Chapitre 47
Concevoir un site comme celui-ci avec WordPress.com
Commencer